Après une longue route complètement défoncée, nous arrivons au village au pied du volcan Kawa Ijen. Particulièrement connu des francais pour avoir fait le sujet d’un reportage de Nicolat Ulot, ce volcan renferme dans son cratère une mine de souffre.

Sensations et émotions garanties…

Kawa Ijen se situe à l’extrème Est de l’ile de Java

Kawa Ijen signifie « cratère vert ». Il porte ce nom car il existe au sein de son cratère un superbe lac vert émeraude.

Le volcan culmine à 2386m d’altitude. Notre chauffeur nous dépose au point de départ au village d’en bas à 1850 m. L’ascension n’est que de 3km mais nécessite 1h30 de marche.

C’est parti pour l’ascension. Ca monte raide, heureusement il ne pleut pas. On monte doucement et régulièrement. On m’avait dit qu’il n’y avait que des francais, mais on ne croise que des asiatiques. Le Kawa Ijen reste tout de même beaucoup moins connu et moins touristique que le mont Bromo.

On arrive à un premier palier, là ou se situe la pesée des paniers des porteurs de souffre. Pour éviter les vols et le marché noir les paniers sont pesé 2 fois, en haut de la descente et puis tout en bas à l’arrivée.

Chaque double panier pèse entre 70 et 90 kilos. C’est énorme. Si vous essayer de les soulever, vous ne parviendrez pas à les décoller d’un centimètre. On se demande comment font les porteurs…

On continue de grimper au milieu des nuages qui s’accrochent au flan du volcan.

On arrive en haut du cratère, le nuage cache le lac émeraude en son centre.

On attend qu’un coup de vent balaye le nuage toxique. Quand celui-ci se dégage, la vue est tout simplement sublime.

On apercoit le lac vert émeraude et la mine de souffre jaune en contrebas. Avec 650 m de diamètre et près de 200 m de profondeur, le Kawa Ijen est le plus grand lac d’acide au monde. Sa température varient entre 20 et 40°en fonction de l’activité volcaniques et des contions météorologiques.

Il doit sa couleur si particulière à l’extrème acidité de son eau causée par l’émission de gaz volcanique en son fond.

Autrement dit vaut mieux pas tremper son doigt dedans.. C’est fou parce que tout ca je ne le savais pas quand j’étais là ba sur place. Vu que notre chauffeur parlait pas un mot d’anglais, on a pas vraiment eu d’information sur le volcan. (c’est peut etre mieux comme ca d’ailleurs, sinon je n’y serais surement pas allée !)

Petite vue sur le cratère fumant avant d’y plonger dedans…

Parce que oui la descente est strictement interdite aux visiteurs comme l’indique ce panneau à l’entrée du chemin emprunté par les porteurs de souffre.

Nous sommes un jour de fête pour toute l’indonésie, c’est le dernier jour du Ramadhan. Pas de porteurs donc aujourd’hui normalement.

Nous croisons pourtant un Indonésien qui s’avère être le manager des ouvriers en bas. Nous lui demandons si nous pouvons descendre avec lui. Pas de souci, on décide de le suivre.

Evidemment, avec un masque ce serait mieux, nous n’en avons pas, on descendras donc avec notre foulard sur le visage.

On sait que le nuage émanant de la mine de souffre est toxique. Ce que je ne savais pas (je l’apprend en rédigeant ce billet…) c’est qu’il y a aussi des vapeurs toxiques d’acides provenant de la surface du lac.

En effet, on peut observer (j’en ai pas vu) des bulles d’air s’échappant de sa surface. Ce sont en fait des poches de gaz, qui au contact de l’eau entraînent la dissolution d’acide sulfurique, de chlore et de fluor dans l’air.

Ne sachant pas tout ca, et ayant déjà croisé d’autre voyageurs qui étaient descendu sans problème dans le cratère, ont suit notre Indonésien.

C’est donc parti pour la descente…

C’est vraiment très raide, avec de nombreuses pierres glissantes il faut faire très attention. La respiration se fait un peu plus difficile.

Quand le nuage toxique est sur nous, l’on s’arrête. On ne voit alors plus rien, et l’on évite de respirer. On attend que le vent le balaye pour continuer notre chemin. J’ai l’impression de descendre en enfer.

On sait qu’il il y a un danger, mais l’envie de voir cette mine de souffre et ses travailleurs et plus grande. Nous progressons doucement dans le cratère.

On croise des paniers laissés sur le chemin. Cet Indonésien parle un peu anglais, il nous explique qu’ils font environ 80 kilos. Les travailleurs sont payés 700 Rp le kilo (5 centimes d’euros) et que les porteurs de souffre font le trajet 2 fois dans la journée. Je suis abasourdie. Deux fois le trajet aller-retour avec plus de 80 kilos sur le dos et plus de 1000 m de dénivelé… Et tout ça pour un salaire mensuel de 40 euros environs.

C’est un véritable travail de forçat pour les porteurs, qui font ca dans des conditions dangereuses et extrèmement mauvaises pour leur santé. Leur espérance de vie en est réduite à 40 ans..

On arrive dans la soufrière sans un mot. C’est réellement impressionnant d’être ici.

Nous sommes un jour férié, mais certains travaillent quand même. Malgré un travail extrêmement rude, les porteurs sont toujours très souriants.

En temps normal, 350 personnes travaillent ici, et font des va et vient pour remonter le souffre du cratère et ensuite le redescendre au pied du volcan. Au total entre 8 à 10 tonnes de souffre sont extraite du volcan par jour.

Cela fait des années que cette source de souffre est exploitée, mais les moyen pour l’extraire n’ont pas évolués.

La plupart des porteurs travaillent sans masque, car ne peuvent pas s’en acheter. Il ont seulement un foulard humidifié d’eau.

Seul le manager qui nous a fait descendre en porte un.

Des tuyaux métalliques ont été placé pour canaliser les fumées et permettre leur condensation en souffre liquide.

Le souffre qui s’échappe en vapeur des flancs du volcan atteint plus de 100°C !

Il s’écoule à l’état liquide d’une couleur orange vif à plus de 150°C. C’est en se refroidissant qu’il prend sa couleur jaune et se cristallise en plaques.

Les hommes cassent ensuite ces plaques à grand coup de barre à mine.

Pour les ramasser et les déposer dans les paniers.

Le manager participe visiblement à ce travail et ramasse de lourde plaques de souffre.

Le contraste des couleurs entre le vert émeraude du lac, le jaune vif du souffre et le noir du volcan est saisissant.

Dernière vue sur ce paysage sublime avant d’entamer la remontée du cratère.

Le retour sera pour moi bien plus difficile. Je suffoque un moment dans le nuage toxique. Plus de peur que de mal, on reprend l’ascension doucement et on arrive en haut en bonne santé.

On redescend rapidement du volcan sous la pluie qui se fait de plus en plus forte. On s’achète un bon bol de Noodle en bas pour se rechauffer. On est trempé !!

Sur le chemin du retour, on s’arrête à côté des plantations de café.

C’est de l’Arabica. Le meilleur café de toute l’indonésie est produit ici. C’est d’ailleurs en Indonésie qu’est produit le café le plus cher au monde.

Nous rentrons à notre hôtel récupérer nos bagages pour prendre un bus direction Bali.

Je crois qu’on ne réalise pas trop ce qu’on vient de voir et de faire. C’est très dure d’essayer de faire passer à l’écrit les émotions que l’on a pu ressentir dans ce volcan et auprès des porteurs de souffre. Certain appelle cette mine « la bouche de l’enfer ». On comprend pourquoi. Toute cette toxicité, ce travail de forcat, ces kilos à porter avec une simple latte de bambou qui leur cisaille les épaules, c’est impressionant.

J’ai remonté du cratère un morceau de souffre à l’état pure. Je le garderais auprès de moi, je crois que quand je râlerais un peu trop dans mon futur travail, je regarderais ce morceau de souffre et relativiserais un peu plus !

Ce fut probablement une des choses les plus impressionnantes que j’ai pu voir et faire jusqu’à aujourd’hui. Une belle leçon de vie…